FISCALITÉ DU TABAC AU SÉNÉGAL : SIMTAX, LE NOUVEL OUTIL QUI VEUT FAIRE PARLER LES CHIFFRES

Lundi 28 Septembre 2026

Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans la lutte contre le tabagisme. Le Centre de recherche en économie appliquée (CRES) a lancé lundi à Dakar SimTax, un outil capable de simuler les effets de différentes politiques fiscales sur les produits du tabac. Objectif : mesurer l’impact d’une hausse ou d’une modification de la taxation sur la consommation, le nombre de fumeurs et les recettes de l’État, afin d’éclairer les décisions publiques.


Le tabac sous le microscope de SimTax. À Dakar, la fiscalité du tabac s’invite désormais dans le champ de la simulation scientifique. Développé par le CRES, SimTax doit permettre aux décideurs de tester différents scénarios avant toute évolution de la politique fiscale.
L’outil analyse notamment trois paramètres majeurs : la consommation de tabac, la prévalence du tabagisme et les recettes publiques.
Une approche qui place les données au centre du débat sur la taxation des cigarettes et autres produits du tabac.
L’initiative a été présentée lors d’un atelier organisé par le Forum civil, en partenariat avec Tax Justice Network Africa (TJNA) et le CRES, dans le cadre d’un projet de plaidoyer en faveur d’une fiscalité plus efficace du tabac en Afrique.
Le Sénégal déjà à 100 % sur la taxe ad valorem
Le débat intervient alors que le Sénégal a déjà fortement relevé la taxe ad valorem appliquée aux cigarettes.
Selon le directeur du CRES, le professeur Abdoulaye Diagne, le taux est passé de 30 % à 100 %, dépassant ainsi le taux minimum de 50 % prévu par la directive régionale de la CEDEAO.
Mais malgré cette progression, le pays reste encore éloigné de l’objectif d’une taxation représentant 75 % du prix de vente au détail des cigarettes.
Autre point soulevé lors de la rencontre : la composante spécifique prévue par la directive communautaire n’est pas encore effectivement mise en œuvre.
Fiscalité : un outil de santé publique
Pour le Programme national de lutte contre le tabagisme, la fiscalité ne relève pas uniquement des finances publiques.
La docteure Khady Gaye, coordonnatrice adjointe du PNLT, considère la taxation comme un instrument essentiel de santé publique, puisqu’elle peut contribuer à rendre les produits du tabac moins accessibles financièrement.
SimTax devrait ainsi permettre de mesurer, données à l’appui, les conséquences potentielles de chaque option fiscale.
Mais la responsable insiste sur un point : l’outil ne décide pas à la place des pouvoirs publics. Il fournit des analyses destinées à faciliter la prise de décision et le dialogue entre les secteurs de la santé, des finances, de l’économie et de la recherche.
Le risque des cigarettes moins chères
La structure même de la fiscalité constitue également un enjeu majeur.
La représentante de Tax Justice Network Africa a relevé qu’une hausse de certaines taxes peut avoir des effets limités si les consommateurs peuvent simplement se reporter vers des marques moins chères.
C’est précisément l’un des défis auxquels veut répondre une fiscalité mieux structurée : agir sur les prix tout en évitant que les écarts entre catégories de produits ne permettent de contourner l’effet recherché.
Chercheurs, État et société civile autour de la même table
Le coordonnateur du Forum civil, Matar Sall, a salué les avancées enregistrées dans le plaidoyer pour une fiscalité plus efficace du tabac.
Il appelle toutefois à renforcer la coordination entre pouvoirs publics, chercheurs et société civile, notamment pour favoriser l’application des directives de la CEDEAO et de l’UEMOA et renforcer les politiques nationales de lutte contre le tabagisme.
Une nouvelle étape s’ouvre
Avec SimTax, le Sénégal dispose désormais d’un outil permettant de mettre différents scénarios fiscaux à l’épreuve des chiffres.
La prochaine bataille sera celle de l'utilisation de ces données dans le débat public et dans l'élaboration des politiques fiscales.
Car derrière chaque taux de taxe, il n’y a pas seulement une recette pour l’État : il y a aussi un prix, un comportement de consommation et, au bout de la chaîne, une question de santé publique. Avec SimTax, le Sénégal veut désormais mesurer ces conséquences avant de décider.
 
PAPY DABO
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