REDDITION DES COMPTES : APRÈS LE CHOC DES ARRESTATIONS, L’HEURE DES RÉSULTATS A SONNÉ

Deux ans après l’alternance de 2024, la reddition des comptes reste l’un des dossiers les plus scrutés de la vie publique sénégalaise. Plusieurs anciens responsables de l’administration et du régime de Macky Sall ont été poursuivis, certains incarcérés, d’autres placés sous bracelet électronique. Mais depuis plusieurs mois, le paysage judiciaire évolue : des mises en liberté provisoire sont accordées, des mesures de surveillance sont levées ou allégées et plusieurs procédures suivent encore leur cours. Une nouvelle étape s’ouvre désormais : celle des résultats judiciaires et, le cas échéant, de la récupération des fonds publics.


Au lendemain de l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de la nomination d’Ousmane Sonko à la Primature, la reddition des comptes s’est imposée comme l’une des grandes attentes liées à l’alternance. L’objectif affiché était notamment de faire la lumière sur la gestion des ressources publiques et de déterminer les éventuelles responsabilités dans plusieurs dossiers.
Des enquêtes ont ainsi été ouvertes et plusieurs anciens responsables ont été entendus par les enquêteurs et les juridictions compétentes. Dans certains dossiers, la procédure a débouché sur des mandats de dépôt. Dans d’autres, la justice a privilégié le contrôle judiciaire ou la surveillance électronique.
Mais aujourd’hui, la séquence judiciaire connaît un nouveau tournant.
Dans le dossier foncier lié à l’assiette destinée au futur tribunal de Pikine-Guédiawaye, l’ancien directeur des Domaines Mamadou Guèye a obtenu une mise en liberté sous contrôle judiciaire après plusieurs mois de détention. La Chambre d’accusation de la Cour d’appel de Dakar a donné une suite favorable à la demande de ses conseils. L’instruction se poursuit toutefois.
Dans la même affaire, Mame Boye Diao a vu son bracelet électronique retiré en août 2026, après plus d’un an sous surveillance électronique. Cette évolution constitue un nouvel allègement de son régime judiciaire, sans pour autant signifier la fin de la procédure.
Autre évolution très suivie : celle de Pape Malick Ndour dans le dossier du Programme des domaines agricoles communautaires, le PRODAC. Après son placement en détention en mai 2026, la Chambre d’accusation financière lui a accordé une liberté provisoire sous bracelet électronique, avec notamment des restrictions de déplacement et une obligation de résidence nocturne. La procédure judiciaire, elle, reste ouverte.
Ces différentes décisions rappellent une réalité essentielle : une mise en liberté provisoire, la levée d’un bracelet électronique ou un contrôle judiciaire ne constituent pas, à eux seuls, une décision sur le fond d’un dossier. Ils relèvent de l’évolution des procédures et des décisions prises par les juridictions compétentes.
C’est justement à ce niveau que se situe aujourd’hui la principale interrogation.
La reddition des comptes doit-elle être mesurée au nombre d’arrestations et de placements sous mandat de dépôt ? Ou doit-elle plutôt être évaluée à l’aune des décisions définitives rendues par la justice, de l’établissement des responsabilités et, lorsque des infractions financières sont définitivement établies, de la récupération des ressources publiques ?
La question est d’autant plus sensible que l’opinion avait placé beaucoup d’attentes dans cette nouvelle politique judiciaire. Les premières arrestations avaient fortement marqué les esprits. Elles avaient donné le sentiment d’une rupture avec les pratiques dénoncées sous les régimes précédents.
Mais une reddition des comptes ne peut durablement se limiter à une succession d’arrestations, de convocations, de mandats de dépôt et de libérations.
Le véritable bilan se jouera au bout de la procédure.
Il faudra savoir quels dossiers aboutiront à des décisions définitives, quelles responsabilités seront juridiquement établies, quels préjudices auront été retenus par les tribunaux et, surtout, quelles sommes pourront effectivement être récupérées au profit de l’État.
À cette équation judiciaire s’ajoute désormais une nouvelle donne politique. Le tandem qui avait porté l’alternance de 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, connaît aujourd’hui une importante évolution de ses rapports politiques. Cette nouvelle configuration pourrait également peser sur la manière dont la question de la reddition des comptes sera abordée dans les prochains mois.
Pour autant, les procédures judiciaires doivent continuer à suivre leur propre cours. Le débat public ne peut se substituer aux juridictions, pas plus qu'une libération provisoire ne peut être assimilée à un abandon des poursuites.
UNE NOUVELLE ÉTAPE POUR LA REDDITION DES COMPTES
Désormais, l’attente est claire : passer du temps des annonces et des arrestations au temps des résultats judiciaires.
Les prochains mois seront particulièrement scrutés. Les dossiers encore en instruction devront progresser, les juridictions devront rendre leurs décisions et les éventuelles procédures de récupération des fonds devront pouvoir être évaluées sur des éléments concrets.
L’enjeu dépasse donc le sort individuel des anciens responsables poursuivis. Il concerne la crédibilité même du principe de reddition des comptes et la confiance des citoyens dans les institutions.
Après le bruit des premières arrestations, vient maintenant le silence des dossiers que seule la justice peut trancher. Entre ceux qui restent poursuivis, ceux qui ont retrouvé la liberté et ceux dont les procédures se poursuivent, une seule question finira par s’imposer : qu’est-ce que la reddition des comptes aura réellement permis d’établir, de récupérer et de changer ?
Dans les prochains mois, l’attention devrait principalement porter sur l’issue des procédures encore ouvertes, les éventuelles décisions au fond et le suivi des conséquences financières des dossiers concernés. Pour les autorités comme pour la justice, le défi sera de démontrer que la reddition des comptes s’inscrit dans un processus durable, fondé sur des procédures régulières, des décisions motivées et des résultats vérifiables.
 
PAPY DABO
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