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SÉNÉGAL ORIENTAL : L’OR QUI ENRICHIT, LES POPULATIONS QUI S’INQUIÈTENT… LA FALÉMÉ AU CŒUR D’UNE ALERTE ENVIRONNEMENTALE

Lundi 19 Octobre 2026

À Kédougou, notamment dans le département de Saraya et le long de la Falémé, l’exploitation de l’or soulève de graves préoccupations environnementales et sociales. Pollution des eaux, dégradation des terres agricoles, risques liés au mercure, pression sur les ressources naturelles et sentiment d’abandon chez certains habitants : derrière les retombées économiques du secteur minier, les communautés riveraines s’interrogent sur le prix à payer. Alors que l’État a suspendu certaines activités minières dans la zone de la Falémé jusqu’au 30 juin 2027, la protection des populations demeure un enjeu majeur.


SÉNÉGAL ORIENTAL : L’OR QUI ENRICHIT, LES POPULATIONS QUI S’INQUIÈTENT… LA FALÉMÉ AU CŒUR D’UNE ALERTE ENVIRONNEMENTALE
Une richesse aurifère au prix de lourdes inquiétudes.
Le Sénégal oriental concentre d’importantes ressources aurifères qui attirent aussi bien les sociétés minières industrielles que les exploitants artisanaux et semi-mécanisés. Mais cette richesse, qui fait vivre de nombreux travailleurs et dynamise le commerce local, s’accompagne de préoccupations croissantes sur la préservation de l’environnement et les conditions de vie des habitants.
À Kédougou, la question dépasse désormais les seuls sites d’extraction. Elle touche directement l’accès à l’eau, la disponibilité des terres cultivables, les activités agricoles et la capacité des communautés à préserver leurs ressources pour les générations futures.
Dans un entretien accordé à nos confrères de l’APS, le 21 avril 2026, le préfet de Saraya, Babacar Niang, a mis en cause les effets des différentes formes d’exploitation. « Ce n’est pas l’orpaillage seulement qui pollue l’environnement », a-t-il notamment souligné, évoquant également les grandes entreprises minières et les exploitations semi-mécanisées. Une déclaration qui met en évidence la nécessité de ne pas limiter le débat aux seuls orpailleurs artisanaux.
La Falémé, une rivière au cœur des préoccupations
Affluent majeur du fleuve Sénégal et cours d’eau frontalier entre le Sénégal et le Mali, la Falémé occupe une place essentielle dans la vie des communautés riveraines. L’eau constitue une ressource stratégique pour les activités domestiques, l’agriculture et l’élevage.
Mais les activités minières exercées à proximité du cours d’eau suscitent des inquiétudes quant à la qualité de cette ressource. Un grand reportage diffusé par la RTS le 18 mai 2026 a décrit une dégradation préoccupante de la rivière, associée aux exploitations aurifères artisanales et industrielles.
Les conséquences potentielles sont considérables : lorsque les eaux sont chargées de sédiments ou contaminées par des substances toxiques, les activités de pêche, le maraîchage et l’abreuvement des animaux peuvent être affectés. Toutefois, l’ampleur exacte des dommages et les zones les plus touchées doivent être établies par des analyses régulières et indépendantes.
Pour les habitants, l’enjeu est vital : comment continuer à vivre de la terre et de l’eau lorsque les ressources dont dépend l’économie locale sont fragilisées ?
Le mercure, une menace qui ne se voit pas toujours
Au-delà de la dégradation visible des paysages, l’utilisation du mercure dans certains sites d’orpaillage constitue un risque sanitaire documenté. Ce métal toxique est employé pour séparer l’or des autres matières contenues dans le minerai. Lorsqu’il est manipulé sans protection ou chauffé à l’air libre, il peut exposer les travailleurs, notamment les femmes qui participent au traitement du minerai, ainsi que leur entourage.
Une étude scientifique publiée en 2015 dans la revue Environmental Science and Pollution Research, consacrée à l’exposition humaine au mercure dans la région de Kédougou, a analysé des échantillons de cheveux de 111 volontaires. Les chercheurs ont constaté des concentrations médianes plus élevées chez les personnes vivant dans les zones d’orpaillage de Bantako et de Tinkoto que chez celles résidant dans les localités de comparaison. Dans les deux sites miniers, environ 30 % des participants présentaient des concentrations capillaires supérieures à 1 mg/kg, un niveau de référence utilisé dans l’étude.
Ces résultats, qui datent de plusieurs années, ne permettent pas de mesurer à eux seuls la situation sanitaire actuelle. Ils démontrent néanmoins que l’exposition au mercure constitue un sujet sérieux qui mérite une surveillance renforcée.
Dans un reportage publié le 13 mai 2025 par l’Associated Press, une travailleuse de l’or, Sadio Camara, expliquait qu’elle connaissait les dangers du mercure, tout en estimant que sa propre exposition restait limitée. Ce témoignage illustre un dilemme auquel sont confrontés certains acteurs de l’orpaillage : la nécessité de gagner leur vie peut les conduire à poursuivre des pratiques dont les effets sanitaires ne sont pas toujours immédiatement perceptibles.
Des terres agricoles menacées, des familles préoccupées
La dégradation des terres constitue un autre point sensible. L’extraction minière peut entraîner le décapage des sols, la destruction de la végétation et la transformation de parcelles autrefois utilisées pour les cultures. Dans certaines localités, la cohabitation entre les activités minières et agricoles devient ainsi une source de tensions.
Dans un reportage de Deutsche Welle consacré à Kédougou, Aliou Cissé, habitant du village de Faranding, près de la Falémé, évoquait la perte de terres que sa communauté utilisait pour cultiver des céréales et des légumes, à la suite de l’installation d’une exploitation semi-mécanisée à proximité du village.
Ce cas rapporté par le média allemand illustre une difficulté majeure : lorsque les terres productives disparaissent ou deviennent moins accessibles, les familles peuvent perdre une partie de leurs revenus et de leur autonomie alimentaire.
Les compensations, l’accès à de nouvelles parcelles et la consultation préalable des communautés deviennent alors des questions essentielles. Les habitants ne demandent pas seulement à bénéficier des retombées économiques des mines ; ils veulent également pouvoir continuer à cultiver, élever des animaux et transmettre des terres exploitables à leurs enfants.
Des emplois, mais à quelles conditions ?
L’exploitation aurifère représente une source de revenus pour de nombreux habitants et travailleurs venus d’autres régions ou de pays voisins. Elle favorise l’émergence de commerces, de services et d’activités de transport. Pour certaines familles, l’or constitue une réponse immédiate aux difficultés économiques.
Cependant, les bénéfices ne sont pas nécessairement répartis de manière égale. Dans un article consacré aux impacts socio-économiques et environnementaux des mines à Kédougou, le Business and Human Rights Resource Centre rapporte les préoccupations de riverains concernant les faibles compensations et l’insuffisance des emplois proposés aux populations locales.
Cette situation nourrit une interrogation fondamentale : comment expliquer que des territoires riches en ressources minières puissent encore connaître des difficultés d’accès à l’eau potable, à l’électricité et à certaines infrastructures de base ?
La question de la responsabilité sociale des entreprises minières, de la redistribution des revenus du secteur extractif et de l’investissement dans les collectivités locales se trouve ainsi au centre du débat.
L’État face à l’urgence environnementale
Face aux préoccupations liées à la Falémé, les autorités sénégalaises ont pris des mesures de suspension des activités minières dans la zone. En octobre 2024, le président Bassirou Diomaye Faye avait demandé l’application d’une interdiction dans un rayon de 500 mètres autour du cours d’eau.
Selon l’Agence de presse sénégalaise, la mise en œuvre de cette mesure a été présentée en mars 2026 comme l’une des actions importantes engagées dans la région.
Plus récemment, la Primature a indiqué que les opérations minières et la délivrance de titres miniers étaient suspendues autour de la rive gauche de la Falémé jusqu’au 30 juin 2027, dans un rayon de 200 mètres. Le gouvernement justifie cette décision par la nécessité de préserver l’environnement, de protéger la santé des populations et de sécuriser la zone frontalière.
Ces annonces traduisent une volonté de renforcer la protection du fleuve. Mais l’efficacité d’une mesure de suspension dépend de son application effective, de contrôles réguliers et de la capacité des services compétents à empêcher les activités interdites.
La surveillance doit également prendre en compte les autres sites miniers de la région, puisque les pressions environnementales ne se limitent pas aux abords de la Falémé.
Des solutions attendues par les communautés
Pour réduire les risques, plusieurs pistes méritent d’être renforcées. La première consiste à multiplier les analyses indépendantes de l’eau, des sols et des sédiments, puis à rendre les résultats accessibles aux populations. Des contrôles sanitaires ciblés pourraient également aider à mieux évaluer les risques d’exposition au mercure dans les zones concernées.
La deuxième priorité est de développer des techniques de traitement de l’or moins dangereuses, tout en assurant leur accessibilité aux orpailleurs. Récemment les études ont signalait qu’une unité de traitement sans mercure avait été installée à Bantako, mais que son éloignement et ses limites pratiques compliquaient son utilisation par certains exploitants.
La troisième piste concerne la restauration des terres dégradées, la protection des cours d’eau et l’accès des riverains à des ressources suffisantes en eau potable. Les entreprises doivent respecter leurs obligations environnementales, tandis que les autorités doivent veiller à la réhabilitation des sites exploités et à la transparence des indemnisations.
Enfin, les populations doivent être associées aux décisions qui affectent leur cadre de vie. Les chefs de village, les organisations communautaires, les femmes, les jeunes, les agriculteurs et les représentants des travailleurs miniers doivent pouvoir participer aux concertations et au suivi des engagements pris.
L’or ne doit pas devenir une malédiction pour ceux qui vivent sur cette terre
Le défi du Sénégal oriental ne consiste pas à choisir entre l’exploitation minière et le développement. Il consiste à faire en sorte que la richesse du sous-sol ne se transforme pas en perte de terres, en dégradation des ressources en eau ou en risques sanitaires pour les communautés.
À Kédougou et le long de la Falémé, la crédibilité de la politique minière se mesurera aux résultats concrets : une eau contrôlée et protégée, des terres restaurées, des emplois accessibles aux populations locales, des indemnisations équitables et des engagements environnementaux effectivement respectés.
L’or extrait aujourd’hui peut enrichir l’économie nationale. Mais si les populations perdent leurs moyens de subsistance, la terre et l’eau dont dépend leur avenir, la richesse minière risque de laisser derrière elle une facture sociale et environnementale bien plus lourde que les bénéfices immédiats.
 
PAPY DABO


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