TABABA EN CASAMANCE: QUAND LA RECHERCHE DU PLAISIR DEVIENT UNE MENACE POUR LA SANTÉ DES FEMMES

Lundi 5 Octobre 2026

Alors que le mois d’Octobre Rose mobilise partout contre les cancers du sein et du col de l’utérus, une autre inquiétude gagne du terrain en Casamance. Le « Tababa », produit utilisé par certaines femmes par voie vaginale, continue de susciter l’inquiétude des acteurs de la santé. Présenté par certaines utilisatrices comme un stimulant sexuel ou un produit aux vertus diverses, son usage répété expose les femmes à des risques encore insuffisamment connus. Pour les sages-femmes et les acteurs de la prévention, le message est clair : le vagin n’est pas un espace destiné à recevoir n’importe quelle substance.


Un produit qui ne laisse plus les acteurs de santé indiffèrent. En Casamance, le phénomène n’est pas nouveau, mais il continue de préoccuper. Le Tababa, également désigné sous d’autres appellations locales, est présenté dans plusieurs témoignages comme une poudre ou une préparation utilisée par voie vaginale.
Son usage aurait progressivement changé. Alors qu’il était autrefois associé à certaines pratiques traditionnelles, il est aujourd’hui utilisé par certaines femmes dans la recherche de sensations sexuelles.
Des médias sénégalais ont déjà rapporté des alertes de professionnels et d’acteurs communautaires sur les conséquences possibles de cette pratique.
Certaines utilisatrices expliquent même ressentir davantage de plaisir avec ce produit et pouvoir se passer momentanément de rapports sexuels. Une situation qui inquiète les professionnels lorsqu’elle évolue vers une consommation répétée ou une dépendance.
« LE VAGIN N’EST PAS UN MAGASIN »
Derrière cette pratique se cache surtout un problème de santé publique et d’information.
Introduire régulièrement dans le vagin une poudre ou une substance dont la composition et les effets ne sont pas clairement contrôlés peut fragiliser les muqueuses et favoriser des irritations ou des infections. L’Organisation mondiale de la Santé recommande d’ailleurs de ne pas pratiquer de douche vaginale interne et insiste sur les bonnes pratiques permettant de prévenir les infections vaginales.
C’est pourquoi le message des professionnels doit être simple : le vagin n’est pas un magasin dans lequel on peut conserver ou introduire n’importe quel produit.
Une substance traditionnelle n’est pas automatiquement sans danger. Et lorsqu’un produit est utilisé à l’intérieur du corps sans contrôle médical, ses effets peuvent être difficiles à prévoir.
TABABA ET CANCER DU COL : NE PAS CONFONDRE ALERTE ET PREUVE SCIENTIFIQUE
La question du cancer du col de l’utérus est particulièrement sensible pendant Octobre Rose.
Mais une précision scientifique s’impose : le principal facteur causal du cancer du col de l’utérus est une infection persistante par certains types de papillomavirus humains, notamment les HPV à haut risque. La prévention repose notamment sur la vaccination contre le HPV, le dépistage et la prise en charge rapide des lésions précancéreuses.
Cela ne signifie pas qu’il faut banaliser l’utilisation du Tababa. Au contraire. Les substances introduites dans le vagin peuvent provoquer des problèmes de santé et certaines pratiques intravaginales ont été associées à différents effets indésirables.
La bonne attitude consiste donc à ne pas présenter le Tababa comme une cause scientifiquement démontrée du cancer, mais à alerter sur les dangers potentiels de son utilisation et sur la nécessité de poursuivre les recherches médicales sur sa composition et ses effets.
 

LE PHÉNOMÈNE DÉPASSE DÉSORMAIS LA CASAMANCE
L’autre sujet d’inquiétude est l’extension de cette pratique au-delà de la Casamance.
Des publications de presse sénégalaises ont rapporté une circulation du produit dans d’autres régions du pays et son utilisation par certaines femmes comme stimulant sexuel.
Cette évolution pose une question essentielle : que contient réellement ce produit et quels sont ses effets lorsqu’il est utilisé régulièrement par voie vaginale ?
Tant que ces réponses ne sont pas établies scientifiquement, la prudence doit primer.
OCTOBRE ROSE : DÉPISTER PLUTÔT QUE S’EXPOSER
La lutte contre le cancer du col de l’utérus ne passe pas par des produits introduits dans le vagin.
Elle passe par la prévention, la vaccination contre le HPV, le dépistage régulier et la consultation rapide en cas de symptômes inhabituels. L’OMS rappelle que le dépistage permet de détecter les lésions précancéreuses avant qu’elles n’évoluent vers un cancer.
Saignements inhabituels, saignements après les rapports sexuels, pertes vaginales inhabituelles ou malodorantes, douleurs persistantes dans le bassin : ces signes doivent pousser à consulter un professionnel de santé.
LE MESSAGE AUX FEMMES
Aux femmes qui utilisent le Tababa, le message n’est pas celui de la condamnation, mais celui de la protection.
Avant d’introduire une poudre, une plante, une préparation traditionnelle ou tout autre produit dans le vagin, il faut demander conseil à une sage-femme, un gynécologue ou un autre professionnel qualifié.
Une sensation de plaisir immédiat ne doit jamais faire oublier les conséquences possibles sur la santé.
En Casamance comme ailleurs au Sénégal, Octobre Rose doit être un mois d’alerte, mais surtout un mois de protection. Le plaisir ne doit jamais se transformer en risque sanitaire. Le vagin n’est ni une pharmacie, ni un laboratoire, ni un magasin où l’on peut tout déposer. Face au Tababa, le meilleur réflexe reste l’information, la prudence et surtout le recours aux professionnels de santé
PAPY DABO
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