Ce dossier explosif ne s’est pas limité aux frontières nationales. Il a attiré l’attention du FBI, la police fédérale américaine, dont un agent s’est même rendu à Dakar pour enquêter sur cette nébuleuse financière aux contours internationaux.
Une révision comptable à l’origine du scandale
Tout commence par une simple révision comptable menée par le cabinet Akm Audit et Conseil, commissaire aux comptes de la société Batiplus, filiale d’un groupe contrôlé par la fratrie Farès (Mohamed, Hassan et Mahieddine).
Les auditeurs découvrent alors une anomalie majeure : un trou financier de 125,07 millions de FCFA (près de 191 000 euros).
Interpellé par les actionnaires, le directeur général de Batiplus, Christian Chabel Samra, rejette la responsabilité sur sa secrétaire, Rachelle Sleylati, gestionnaire du coffre-fort de l’entreprise. Celle-ci nie catégoriquement toute implication.
Malgré ses dénégations, une plainte est déposée contre elle le 6 mars 2020, et le 25 mars, le parquet demande son placement sous mandat de dépôt. Rachelle Sleylati devient alors le fusible d’un système bien plus vaste.
Le retournement de situation
En détention, la jeune secrétaire décide de parler. Elle remet aux enquêteurs 68 bons de caisse, couvrant une période de quatre ans, représentant environ 2,8 milliards de FCFA de retraits en espèces, parfois jusqu’à 100 millions de FCFA par opération.
Elle cite alors un intermédiaire clé : M. Fall, courtier de Batiplus, présenté comme le principal « porte-valise » du système.
Interrogé par la Gendarmerie nationale du Sénégal, il reconnaît avoir remis les fonds à deux commerçants libanais : Hassan Hashim et Aidar Soufian.
Les perquisitions révèlent des montants spectaculaires :
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Plus de 525 millions de FCFA, 73 590 euros et 1 350 dollars chez Hassan Hashim
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Plus de 48 millions de FCFA, 21 230 euros et 9 350 dollars chez Aidar Soufian
Soit un total équivalent à 642 millions de FCFA saisis. Aucun justificatif bancaire n’est fourni.
Un réseau présumé de blanchiment d’argent
Pour les enquêteurs, les faits sont clairs : il s’agit d’un vaste réseau de blanchiment d’argent.
Pourtant, malgré la demande du parquet visant le placement sous mandat de dépôt de Christian Chabel Samra, les principaux suspects restent libres, provoquant une vive indignation dans l’opinion publique sénégalaise.
L’ombre du terrorisme international
L’affaire prend alors une dimension internationale. Le FBI fait le lien avec un autre dossier sensible impliquant Abbas Fawaz Loutfe, neveu des frères Farès et directeur général de Batimat, autre filiale du groupe.
Recherché par la justice américaine, Loutfe est soupçonné d’avoir transporté d’importantes sommes d’argent liquide du Sénégal vers les États-Unis, destinées au financement du Hezbollah.
Informés par l’ambassade américaine à Dakar, les services fédéraux déclenchent une enquête internationale, conduisant à l’envoi d’un agent du FBI sur le sol sénégalais pour éclaircir les connexions entre Batiplus, les flux financiers suspects et les réseaux transnationaux.
Une affaire symbole
Pendant que Rachelle Sleylati passait plusieurs mois en prison, présentée comme la coupable idéale, les véritables centres de pouvoir restaient hors d’atteinte judiciaire.
L’affaire Batiplus est ainsi devenue le symbole d’une justice à deux vitesses, d’un système financier opaque et des dérives possibles des circuits économiques transfrontaliers.
Un dossier explosif, toujours sensible, qui continue de hanter la mémoire collective sénégalaise comme l’un des plus grands scandales politico-financiers des années 2020.
Affaire Batiplus : plongée au cœur d’un scandale financier aux ramifications internationales










